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Comment être un bon partenaire pour l’enfant ?

mercredi 17 septembre 2014, par Jacques Souriau

Ce texte est extrait du recueil des actes des Journées CHARGE 2014, disponible en téléchargement.

Les enfants atteints du syndrome CHARGE sont avant tout des enfants. Ils peuvent se développer naturellement. Mais ce développement naturel du point de vue de l’enfant exige des compétences plus développées des éducateurs. En soutenant ces enfants dans leur développement communicatif, nous devons faire attention à :

Fournir un flux multisensoriel cohérent
Bien qu’il soit difficile pour eux d’intégrer diverses sources d’informations sensorielles, ils ne peuvent généralement s’appuyer sur un seul canal sensoriel. Les sensations visuelles, auditives et kinesthésiques doivent être aussi synchronisées et cohérentes que possible, de manière à ce que les formes des énoncés des adultes soient facilement isolées. Les aspects de ce flux multisensoriel sont :
◊ Données linguistiques : voix, gestes visuels, gestes tactiles ;
◊ Aspects mimétiques : intonation, expressions du corps ;
◊ Références extérieures : manipulation d’objets, graphismes.

Intégrer la dynamique émotionnelle dans le flux sensoriel
Au cours des échanges, les flux sensoriels expriment les émotions des partenaires, en particulier dans les premières étapes du développement. En d’autres termes, les expressions qui s’adressent aux enfants ne peuvent prendre une valeur de communication que si elles sont imprégnées d’une dimension émotionnelle perceptible.

Être sensible aux expressions de l’enfant
Pour aider les enfants à comprendre le monde, il faut ressentir et comprendre leurs sentiments, leurs intentions et leurs modalités d’expression et y réagir afin que ces expressions soient enrichies, partagées et développées par les deux partenaires. Le travail d’analyse vidéo des interactions montre clairement que les enfants ont besoin d’éprouver la compréhension par leur partenaire de leurs expressions pour aller plus loin dans leur s initiatives de communication.

Rendre le flux sensoriel /de communication cohérent et signifiant
La cohérence et le sens ne dérivent pas seulement de la pure simultanéité ou contiguïté des éléments (par exemple faire un geste et prononcer un mot en même temps). Les données doivent être mises en forme dans des cadres temporels-émotionnels qui permettent aux deux partenaires de continuer à communiquer et à l’enfant de comprendre les données et les paroles.

Les paramètres importants

Les paramètres les plus importants sont :
• Le rythme
C’est un excellent intégrateur des flux sensori-moteur et émotionnels. Les choses sont réunies si elles entrent dans un modèle rythmique. C’est un phénomène très naturel. On s’en sert dans des jeux spécifiques, mais il est aussi à la base de compétences de haut niveau (par exemple, la parole est produite selon des modèles rythmiques qui contrôlent tous les mouvements du corps qui y sont liés).

• Les répétitions dynamiques
Dans le questionnaire, 59% des enfants ont besoin de temps et de répétition pour comprendre l’information. Donc la répétition est importante. Mais la répétition peut être ennuyeuse et inefficace, sauf si elle s’enrichit de légères variations et/ou est intégrée dans des modèles rythmiques-émotionnels tels que les comptines.
Leurs cultures fournissent ces cadres aux éducateurs (chansons, jeux rythmiques, etc.).
Bien sûr, il faut les adapter aux états sensoriels des enfants, mais le modèle
fondamental ne dépend pas de l’audition en tant que telle et peut être traité par d’autres modalités (ce qui est vrai également pour les enfants entendants).

• Les modèles mimétiques multisensoriels
A tous les niveaux, l’aisance dans la communication implique des expressions corporelles qui ne sont pas linguistiques mais aident à comprendre les informations et les intentions (intonation, mélodie, désignation du doigt, mouvements expressifs du corps, indications de changement de locuteur, etc.).

• Les récits
La communication n’est pas une expérience séparée des autres aspects de la vie.
La communication porte toujours sur quelque chose.
Le contenu des activités de communication prend en général la forme de récits, c’est-à-dire des formes avec une structure spécifique et liées à des événements ou des pensées qui peuvent être pris dans la réalité ou dans l’imagination.
Raconter des histoires (y compris des histoires très simples) est un excellent moyen d’intégrer émotions et expériences sensorielles, de structurer les représentations du monde et de stimuler la pensée et l’imagination.
Cette compétence narrative est active au tout début de la vie sous des formes simples mais très émotionnelles. Elle est aussi très active aux plus hauts niveaux de communication. Cette compétence partagée est une passerelle entre des enfants en développement vulnérables et des éducateurs compétents.
C’est un art et un talent d’être sensible aux histoires et aux intentions qui sont exprimées sous des formes faibles et évanescentes par les enfants et d’y réagir de manière qu’elles soient partagées, enrichies et qu’elles acquièrent des formes d’expressions plus développées.
Ce sens du « récit » s’exprime aussi dans les modalités d’expression par des formes comme l’humour, la surprise, le suspense. Ces formes peuvent s’exprimer sous des formes non linguistiques et contribuer grandement à soutenir les échanges et à stimuler l’attention et la réflexion.

En résumé, la compréhension du comportement des enfants atteints du syndrome CHARGE implique la prise en compte de paramètres permettant d’élaborer des perspectives dynamiques pour le développement :

    • ◊ Les comportements de l’enfant sont des tentatives d’adaptation aux conditions sensorielles, motrices et attentionnelles qui sont les leurs ;
    • ◊ Les comportements de l’enfant sont aussi déterminés par les capacités

Pour reprendre les termes de Tim HARTSHORNE, il convient de regarder tout comportement comme une tentative de communication : le comportement nous dit ce que l’enfant ressent de son rapport au monde et nous manifeste ses attentes. A partir de là, parents et professionnels peuvent développer les compétences qui leurs sont nécessaires pour mieux soutenir l’enfant dans son développement.

Jacques Souriau
Ex-directeur CRESAM (1998 - 2005) - Poitiers

Bibliographie :

Denno LS, Bernstein V. Behavioral characteristics of CHARGE Association. International CHARGE Syndrome Conference, Boston, MA ; 1997.

Hartshorne T. S. & Cypher A. D. Challenging behavior in CHARGE syndrome. Mental Health Aspects of Developmental Disabilities ; 2005.

Souriau J., Gimenes M., Blouin C., Benbrik I., Benbrik E., Churakowskyi A., Churakowskyi B.
CHARGE syndrome : developmental and behavioral data. American Journal of Medical Genetic ; 2005.

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