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La période de l’adolescence : les troubles du comportement

lundi 18 août 2014, par Priscilla Hamiaux

Ce texte est extrait du recueil des actes des Journées CHARGE 2014, disponible en téléchargement.

L’adolescence est une période de transition, un entre deux difficile durant lequel le sujet doit acquérir le sens de son identité personnelle, imposer aux autres sa propre originalité et s’intégrer au sein de son environnement (Coslin, 2013). La construction de soi est un processus dynamique entre l’enfant que l’adolescent était et les attentes sociales liées à l’âge adulte.
Chez les sujets présentant le syndrome CHARGE, l’enfance est souvent marquée par des traumatismes qui peuvent être d’ordre physique (étant donné les atteintes somatiques et les chirurgies), mais aussi d’ordre psychologique qui fragilisent souvent
l’estime de soi. Parmi ces fragilités, on peut évoquer les rééducations qui, bien que nécessaires, mettent le jeune face à ses difficultés, il doit faire plus pour arriver aux mêmes résultats que les autres (Ciccone, Korff-Sausse & Missonnier, 2013).
Les difficultés scolaires et d’intégration au groupe peuvent aussi se manifester impactant aussi l’estime de soi. De plus, le jeune doit s’approprier son corps au niveau
proprioceptif et représentatif, ce corps chargé d’affects qui est aussi un corps douloureux, médicalisé et un corps de rééducation. Le jeune construit son image aussi par rapport à ce que les autres lui renvoient. Il peut prendre conscience de sa différence à un âge où les normes du groupe et le conformisme aux normes
sont prépondérants (Virole & Cosnier, 2006).

L’estime de soi et le sentiment d’être accepté sont pourtant nécessaires à l’établissement de relations sociales. Il faut être particulièrement vigilant car le sentiment de rejet social peut conduire à des réactions dépressives (Rogé & Chabrol, 2003). Les adolescents présentant le syndrome CHARGE peuvent aussi présenter une importante anxiété, les exigences du milieu scolaire deviennent de plus en plus importantes et l’adolescent ne peut pas forcément y répondre (Hartshorne, Hefner, Davenport & Thelin, 2011 ; Rogé & Chabrol, 2003). A quoi s’ajoute, chez certaines personnes, des difficultés de régulation des émotions induisant parfois d’importantes frustrations qui peuvent se manifester par des troubles du comportement.

Les troubles du comportement sont, en grande majorité, une tentative de communication inadaptée. Les troubles du comportement peuvent être définis par rapport au niveau de nuisance pour la personne ou pour son environnement, par rapport à la fréquence et à leur persistance à moyen/long-terme (Laxer & Tréhin, 2008). Ils vont avoir un impact sur l’intégration sociale et /ou sur les situations d’apprentissage. Ces comportements peuvent avoir un effet néfaste sur la personne elle-même (tels que les comportements d’autoagressivité) et/ou sur l’environnement (la famille, les camarades de classe, le matériel).
Plusieurs facteurs peuvent participer au déclenchement des troubles du comportement, tels que l’impulsivité, la recherche de sensations avec des comportements de stimulation sensorielle (particulièrement chez les personnes CHARGE, Hartshorne, Grialou, & Parker, 2005), un manque de compréhension et de prévisibilité de l’environnement, des difficultés de communication, a fortiori chez les sujets qui présentent une intolérance à la frustration.

De plus, le sujet a mémorisé (inconsciemment la plupart du temps) la réaction associée à ce trouble du comportement. Par exemple, prenons un sujet qui pousse ses camarades lorsqu’ils sont à côté de lui. Il est possible que le sujet ne sache pas expliciter son besoin d’espace, en poussant, les gens s’écartent et viennent de moins en moins vers lui. Le sujet a donc obtenu ce qu’il voulait, il pourra réutiliser ce comportement de pousser afin d’être seul. Nous devrons donc lui apprendre à utiliser un moyen de communication plus adapté pour exprimer son besoin « d’air ».

Afin de réduire l’apparition d’un trouble du comportement, il convient de le comprendre d’un point de vue fonctionnel. Quand et dans quel contexte ce trouble du comportement est apparu ? Quelle est son intensité ? Quelle est sa durée ? Sa fréquence ? Son évolution ?

A court-terme, si cela est possible, on pourra supprimer la cause et il faudra mettre en place une prise en charge en profondeur à plus long terme (en tenant compte du niveau cognitif, du niveau de communication expressif et réceptif, des atteintes sensorielles, des intérêts, des dégoûts, du niveau d’anxiété). Dans certains cas, on pourra essayer de prévoir le facteur et de préparer la personne en lui faisant comprendre ce qui va se produire et lui proposer un comportement de substitution moins grave ou impactant moins sa socialisation (Laxer & Tréhin, 2008). Lorsque vous sentez la crise arriver, vous pouvez détourner l’attention (le plus rarement possible), entamer des exercices de respiration/relaxation avec votre jeune ce qu’il pourra faire ensuite seul. Après la crise, portez votre attention sur les choses positives qui sont faites, le but étant que le sujet comprenne que les tentatives de communication appropriées reçoivent plus d’attention et sont préférables aux troubles du comportement (Laxer & Tréhin, 2008). A moyen/long-terme, dans une
certaine mesure, on peut adapter l’environnement en le rendant plus prévisible ce qui permet de diminuer l’anxiété (au niveau spatial et temporel). Il est intéressant aussi de reprendre les facteurs déclenchant des troubles du comportement en essayant d’évoquer ce qui s’est passé, ce qu’a ressenti le sujet. On pourra aussi utiliser des cartes sur lesquelles sont représentées les émotions en s’assurant avant qu’elles sont
bien comprises.

En conclusion, l’importante demande scolaire à un moment de fragilité pour l’enfant-adolescent peut notamment accroître l’anxiété, le sujet peut être envahit par ses émotions particulièrement s’il a des difficultés à les gérer. Les troubles du comportement peuvent alors apparaître ou se majorer, mais restent dans la grande majorité des cas une tentative de communication. Comprendre la fonction du comportement va permettre la mise en place de stratégies à plus ou moins long-terme pour diminuer son apparition et le remplacer par un comportement permettant au sujet de communiquer de manière adaptée.

• Favoriser les stratégies de communication adaptées (y porter plus d’attention, féliciter le sujet, système de récompense) ;

• Encourager toute réduction du comportement déviant (en durée, fréquence ou en intensité) ;

• Ignorer les comportements négatifs (sauf s’ils mettent en danger le sujet ou son environnement, dans ce cas, on agit et on explique après la crise) ;

• Diriger son action sur un seul comportement à la fois (le plus sévère).

Encadré pratique* pour diminuer les troubles du comportement.
* qui ne remplacera jamais une prise en charge pluridisciplinaire évaluant les capacités et les difficultés de l’enfant ou de l’adolescent, mais qui peut s’avérer utile.

Priscilla Hamiaux
Psychologue spécialisée en neuropsychologie, Hôpital Necker Enfants Malades - Paris

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